Alternatives économiques, dans sa livraison de Juillet 2005, a publié une contribution de Jean-Louis Laville (dernier ouvrage paru : Action publique et économie solidaire. Une perspective internationale, ed. Eres), dans laquelle il aborde le lien entre Economie solidaire, emploi, insertion.
Nous reproduisons ci-dessous cette contribution.
par Jean-Louis Laville.
De nombreuses collectivités territoriales ont commencé à élaborer des politiques en direction de l’économie sociale et solidaire. Mais on se trouve toujours dans une situation paradoxale : Ce secteur présente l’avantage de ne pas être délocalisable du fait du caractère collectif de son patrimoine. Pourtant, il souffre encore d’une discrimination négative de la part des pouvoirs publics : les entreprises privées restent beaucoup plus soutenues, avec les effets pervers que l’on connaît... Les dynamiques positives que l’on observe reposent sur la reconnaissance de l’apport de l’économie sociale et solidaire dans trois domaines : l’emploi, la cohésion sociale et la démocratie participative.
En ce qui concerne l’emploi, il est indispensable cependant de sortir de la confusion lancinante avec l’insertion et le traitement social du chômage. Oui, l’économie sociale et solidaire peut contribuer à l’insertion, mais elle ne s’y limite pas, et les emplois qu’elle offre doivent être des emplois stables de droit commun. Il importe donc de mettre l’accent sur la consolidation de ses activités plus que sur l’aide à l’emploi. En ce qui concerne la cohésion sociale, l’économie sociale et solidaire, très présente dans les services, s’inscrit le plus souvent dans un espace intermédiaire entre services privés et services publics, parce qu’elle propose des services à la fois personnalisés et collectifs, au sens où ils engendrent des bénéfices pour la collectivité. Mais ce type de services peine le plus souvent à s’autofinancer. Il faut donc organiser un financement collectif de cette utilité sociale.
Enfin, les politiques qui ont une véritable portée reposent sur une forte mobilisation des acteurs. Il faut pour cela une véritable coconstruction des politiques en direction de l’économie sociale et solidaire entre responsables publics et réseaux d’acteurs.
Alternatives économiques, n° 238, p. 106