Dans le cadre des samedis de Cliss XXI (en fait, le premier samedi de chaque mois), voici donc le compte-rendu de la Foire aux Install’ et des échanges Penser Ensemble du samedi 7 octobre 2006. A voir également : les galeries photos de ces intiatives.
Large succès de la Foire aux Install’ organisée en nos locaux le 7 octobre (comme tous les premiers samedis de chaque mois).
Durant toute la durée de la Foire aux Install’, plusieurs personnes sont venues avec leur tour, ou leur portable. Quelqu’un est même venu (en vélo) avec simplement une carte mère et un disque dur.
Au total, ils sont dix à être repartis avec GNU/Linux installé sur leur ordinateur. Certains en dual boot (GNU/Linux + MS Windows), d’autres uniquement avec GNU/Linux. Différentes distributions ont été installées, suivant les attentes des participants.
Les participants, justement : certains utilisaient déjà GNU/Linux, et souhaitaient aller plus loin, installer de nouveaux logiciels, par exemple. D’autres avaient déjà installé GNU/Linux, mais avaient rencontré des difficultés. Certains, enfin, découvraient pour la première fois GNU/Linux, et souhaitaient connaître et utiliser le système libre.
Rappelons que cette Foire aux Install était organisée avec nos amis de Linux 62. Merci en particulier à Guillaume, Maurice et Kevin.
Pour avoir une idée de l’ambiance, on pourra se reporter à la galerie photos.
Prochain rendez-vous : le samedi 4 novembre, dans les locaux de Cliss XXI.
Le thème générique de nos échanges était donc, ce samedi 7 octobre : "Retour du Forum Social Mondial de Caracas".
Rappelons le contexte de "Penser Ensemble" : ce n’est pas une grand-messe durant laquelle les spectateurs écoutent religieusement un ou des orateurs. Ce n’est pas non plus une séance de questions-réponses. L’idée c’est que les participants puissent se faire leur propre opinion. Les invités extérieurs sont là pour apporter des témoignages, des expériences, pour enrichir un échange collectif. Donc, bien sûr, il peut y avoir des questions-réponses, des demandes d’éclaircissements, mais l’objectif reste bien les échanges entre participants.
Les échanges Penser Ensemble du 7 octobre ce sont donc déroulés de la manière suivante :
Présentation par Mose de la Trollparty à Caracas, en particulier au travers d’une séquence vidéo réalisée sur place. Historiquement, les Trollparties sont des initiatives d’installations et de réalisations informatiques, mises en oeuvre par des spécialistes du logiciel libre, à la demande d’élus locaux qui souhaitent, à un moment donné, satisfaire une demande locale. Par exemple : installer des serveurs connectés en Wifi, et en faire bénéficier la population. Les experts logiciels libres sont ainsi dénommés les trolls. Ils se déplacent bénévolement ; leurs frais de déplacement et d’hébergement sont pris en charge par les élus qui commanditent la Trollparty. Une Trollaprty est toujours l’occasion d’un contact entre les trolls et la population, qui a ainsi l’occasion d’apprendre des nouvelles pratiques, des nouveaux savoirs, au contact des trolls.
Dans le cadre du FSM de Caracas (Janvier 2006) la Trollparty a ainsi été financée par le SAPI (Ministère de la propriété intellectuelle) du Venezuela, qui souhaitait faire appel aux trolls pour une animation géante durant toute la durée du FSM (Installations GNU/Linux, recyclage d’ordinateurs, concerts de musique libre...).
Toujours dans le domaine du logiciel libre, Mose a également pu préciser qu’il y avait une réelle volonté, impulsée par Hugo Chavez, de prise en compte du logiciel libre par l’ensemble des administrations de l’état vénézuelien.
Mose était accompagné, pour cette édition de Penser Ensemble, par deux autres trolls qui ont également animé la TrollParty de Caracas : Erwan et Djamel. Djamel a tellement apprécié son séjour qu’il n’a pu s’empécher de retourner, à ses frais cette fois-ci, au Vénézuela, peu après son retour en France. Nous avons ainsi pu bénéficier des retours de Djamel, hors FSM.
Notre deuxième invité était le Cercle Bolivarien de Paris, qui avait dépéché 4 membres à Penser Ensemble. En particulier, trois d’entre eux avait effectué un voyage au Vénézuela, en février, soit juste après le FSM. Ils y ont réalisé une vidéo, basée sur des interviews de vénézueliens/vénézueliennes, et qui nous a donc été projetée ce 7 octobre.
Cette vidéo nous a permis de découvrir un pays en pleine ébullition, qui soutient largement le président Hugo Chavez, constamment réélu depuis 1998. Hugo Chavez revendique une politique d’aide aux plus pauvres et de transformation radicale de l’économie.
Après ces différentes présentations, les échanges Penser Ensemble pouvaient démarrer. Il est difficile de rapporter fidèlement ces échanges, tellement ils furent riches. Evoquons cependant les quelques points suivants, et les quelques questions qui sont restées ouvertes :
Le soutien populaire dont bénéficie Hugo Chavez est très fort, mais celà ne doit pas masquer la corruption de l’administration civile.
C’est pour contourner cette corruption que se sont mises en place des "missions", visant à donner au peuple la possibilité d’accéder à de nombreuses possibilités, sans passer par le canal administratif officiel (mission santé, mission permettant d’obtenir des pièces d’identité, ou de reprendre ses études). Ces missions remportent un véritable succès populaire.
Une remarque, qui est en fait une question : comment, en si peu de temps (moins de huit ans), de telles transformations ont pû être rendues possibles ? Un des éléments de réponses pourrait concerner le fait que le Venezuela est le 3ème pays producteur de pétrole, au monde, et que le gouvernement a fait le choix d’affecter les revenus de l’industrie pétrolière aux besoins sociaux de sa population.
Dans ce cas, se pose une question plus générale : dans d’autres pays, ne disposant pas des richesses naturelles du Venezuela, comment pourrait-il être envisagé de se tourner vers les besoins du peuple, de la même manière qu’au Venezuela ? Et que se passera-t-il quand il n’y aura plus de gisements pétroliers ?
Un des pièges à éviter pour le Venezuela et Hugo Chavez : veiller à ne pas reconstituer une autre classe dirigeante, qui retomberait dans les travers de l’ancienne classe, essayant de préserver ses avantages nouvellement acquis (un peu comme au lendemain de la Révolution française, avec le développement de la bourgeoisie).
Un autre piège possible : la question du renouvellement des classes dirigeantes, du renouvellement démocratique du point de vue du partage du pouvoir.
Enfin, une autre interrogation, elle aussi en appui sur des enseignements historiques français : l’existence d’une classe intermédiaire prise en tenaille entre le gouvernement et le peuple, mais qui est un boulet, qui pourrait empécher la pérennité des changements (voir à titre de point de repère la question de la reprise de l’activité en France après la seconde guerre mondiale : de nombreux responsables politiques et administratifs étaient en fait d’anciens collaborateurs).
En guise de conclusion (provisoire) : ces échanges Penser Ensemble furent passionnants, parfois vifs, toujours enrichissants.
Pour avoir une idée de l’ambiance de nos échanges Penser Ensemble, on pourra se reporter à la galerie photos.
A noter : parmi les participants, se trouvait Rama, un ami de Mose. Rama est le mainteneur du projet libre Burnstation, qui consiste à mettre à la disposition de tous des musiques libres, des vidéos, des documentaires d’actualités, des documentaires politiques. Burnstation est un média indépendant, qui fonctionne de la manière suivante : dans une ville, un quartier, une gare, on installe une Burnstation, ouverte à tous. C’est un poste informatique, en libre consultation. Chaque visiteur peut y sélectionner sa "Play list", en choisissant ses morceaux de musique, ses vidéos, ses documentaires. Quand son choix est effectué, la Burnstation grave le tout sur un CD, avec lequel repart le visiteur. C’est un concept qui nous a bien plu, et il est bien possible que l’on demande à Rama de revenir à Liévin, cette fois-ci pour la mise en place concrète d’une Burnstation.
Nous donnons rendez-vous à tous les participants du 7 octobre, le samedi 4 novembre, pour un nouveau Penser Ensemble. Le thème en sera, cette fois ci : "Les télécommunications entre bien public et marchandise", avec Djilali Benamrane, qui anime la reflexion sur la communication au sein de l’association Biens publics à l’échelle mondiale (BPEM) et Frédéric Couchet, délégué général de l’Association pour la promotion et la recherche en informatique libre (APRIL) et président de la Free Software Foundation France.