Plusieurs usagers de Cliss XXI, et notamment des collectivités locales du département, au sein desquelles nous mettons en place des solutions informatiques en appui sur les logiciels libres nous ont communiqué une copie d’un dossier de la revue Citizen-e.
Où l’on verra :
Que la revue Citizen a une curieuse façon de décrire la mise en oeuvre du logiciel libre au sein des collectivités locales.
Que le Conseil Général du Pas-de-Calais n’a peut-être pas pris en compte tous les paramètres qui lui permettraient d’opter définitivement pour le logiciel libre.
Sommaire
1 - Le dossier de la revue Citizen-e
2 - En substance, que dit cet article ?
3 - Les échanges Cliss XXI - CG62
4 - La présentation effectuée par le CG62.
5 - Les remarques formulées par Cliss XXI, lors de cette réunion
6 - Où en est-on aujourd’hui
Il s’agit d’un dossier consacré à « l’open source ».
Il est composé des articles suivants :
Open Source : un vrai coût pour l’administration, mais lequel ?
L’Open Source dans le secteur public français, une exception culturelle à risque ?
Le Conseil Général du Pas-de-Calais renonce à migrer après une étude d’opportunité.
Gestion des élections « Open » pour la ville d’Arles.
Open Source et Secteur Public, ailleurs aussi.
Passons sur cette facheuse tendance à citer « l’open source » à longueur de colonnes, sans même plus savoir ce que ce terme recouvre. Rappelons quand même que Cliss XXI entend défendre et promouvoir le Logiciel libre, et non « l’open source ». Voir, pour une première approche Pourquoi « Free Software » est-il meilleur que « Open Source » ?.
Passons également sur les irrégularités de l’ensemble du dossier (on y apprend, par exemple, que « la patrie du père de Linux, Linus Torvald » (sic) est... la Norvège... ).
Venons en plutôt à l’article qui a attiré l’attention de nos usagers collectivités territoriales, elles mêmes utilisatrices de logiciels libres : « Le Conseil Général du Pas-de-Calais renonce à migrer après une étude d’opportunité. »
Le CG62, c’est 3000 postes informatiques, sous MS Windows + MS Office.
Le CG62, courant 2005, s’est posé la question de la migration, toujours sous MS Windows, mais vers OpenOffice.org.
Au préalable, le CG62 s’est adressé à la société Calipia, afin de réaliser un audit sur les conditions de cette migration.
Calipia a rendu sa copie : la migration vers OpenOffice.org « serait une source de surcoûts importants, sans amélioration du service rendu. »
En conséquence, le CG62 renonce à migrer.
Avant d’entrer sur le fond de ce que recouvre cet article (la migration vers des solutions libres), il convient de rétablir un peu plus précisément comment se sont déroulés ces évènements.
Il se trouve en effet que Cliss XXI et le Conseil Général ont déjà eu à échanger sur ces questions, courant 2005.
Typiquement, le 17 novembre 2005, nous avons participé à une réunion de travail en mairie de Billy-Montigny. Étaient présents à cette réunion :
La Direction informatique du CG62.
La cellule d’assistance informatique du CG62.
M. Troni, Maire de Billy-Montigny, Conseiller Général.
Cliss XXI
M. Moreau, Vice-Président du CG62, chargé des affaires économiques et du personnel départemental devait également être présent, mais a téléphoné pour s’excuser.
L’objet de cette réunion était le suivant : faire le point des avancées du CG62, concernant la possibilité de migrer les postes utilisateurs vers OpenOffice.org.
Durant cette réunion :
La Direction informatique du CG62 a projeté une présentation (MS Powerpoint :-( ) : voir plus bas.
Cliss XXI a fait état d’avancées, sur le département, dans le domaine de la prise en compte de GNU/Linux et des logiciels libres, au sein des collectivités locales. Nous avons appuyé nos propos par la présentation d’un premier argumentaire, reprenant également les aspects techniques, mais aussi « citoyens » (développement durable, modèle collaboratif, interactions relocalisées) du logiciel libre.
Précisons tout d’abord que nous avons fait la demande (le jour de cette réunion, le 17 novembre 2005, demande réitérée depuis, en mars 2006) de pouvoir disposer de cette présentation, afin d’être en mesure de la faire connaître à nos usagers, et de pouvoir nous inscrire avec encore plus de force dans ce débat, pour la mise en oeuvre du Logiciel libre dans le département, et notamment au sein du Conseil Général. À ce jour, la Direction informatique du CG62 n’a pas souhaité nous la communiquer. Ayant néanmoins assisté au déroulement de l’ensemble de cette présentation, nous pouvons en évoquer les points importants :
Le CG62, pour réaliser son étude préliminaire, s’est adressé non pas à une société, mais à deux : Calipia et StarXpert.
Calipia a effectivement rendu un rapport en faveur du statu-quo : ne pas migrer. On pourra notamment se reporter au communiqué de presse qui a suivi l’étude.
StarXpert a présenté les points forts d’une solution basée sur OpenOffice.org, et les aspects liés à la mise en place d’un plan de conduite du changement.
La présentation de la Direction informatique du CG62 évoque enfin les points suivants :
La migration de 2500 à 3000 postes de MS Office à OpenOffice.org n’entraîneraît aucun gain financier : les économies liées à l’arrêt des achats de licences ne seraient pas compensées par les coûts de migration.
La Direction informatique estime que la perte occasionnée par la migration serait de trois millions d’euros.
Cette perte inclut 2,5 jours de formation par utilisateur, formation à la prise en main de OpenOffice.org par un utilisateur habitué à MS Office.
Cette perte inclut également une baisse de la productivité des agents du CG62, durant la période de prise en main de OpenOffice.org.
Sur un plan strictement financier, les calculs sont surprenants. L’explication en est simple : le plan de migration est basé sur le fait que la migration vers OpenOffice.org concernerait tous les agents du CG62, simultanément, et de la même manière. En l’espèce, le service informatique du CG62 a ainsi prévu de faire migrer dans le même mouvement aussi bien l’utilisateur expérimenté, grand consommateur de macros (donc avec un réel souci de conversion de ses anciens fichiers), que l’utilisateur qui, par exemple, ne fait que du traitement de texte. Derrière cette préoccupation, le souci que nous a présenté la cellule d’assistance du CG62, c’est de faire en sorte que les agents du CG62 aient strictement le même poste informatique, pour des raisons d’homogénéité, et de facilité de maintenance.
Cliss XXI propose au contraire une migration différenciée : de nombreux utilisateurs peuvent ainsi adopter OpenOffice.org, immédiatement, et avec un transfert de compétence minimal. De la même manière, de nombreux utilisateurs pourraient immédiatement utiliser d’autres logiciels libres, tels Firefox, ou Thunderbird. Enfin, et c’est un constat que l’on peut formuler dans de nombreuses collectivités locales, il est également possible que de nombreux utilisateurs fassent le pas vers un poste de travail 100% libre, basé sur GNU/Linux.
Donc, et c’est le point crucial de toute migration, la question des coûts est très fortement corrélée à la manière dont on met en oeuvre la migration. Et nous préconisons une migration ordonnancée : tout d’abord les postes qui ne posent aucun problème, et, dans ce cas, pourquoi se limiter à migrer « simplement » de MS Office à OpenOffice.org ? Ensuite, les postes qui demandent une adaptation, soit parce qu’ils utilisent des applicatifs interfacés avec MS Office (c’est une des caractéristiques du logiciel propriétaire en général, et de la société Microsoft en particulier que de rendre prisonniers les utilisateurs) soit parce qu’ils font appels à des fonctionnalités spécifiques (les macros de MS Excel, notamment).
Ainsi, la stricte question des coûts se posera autrement. C’est un constat qu’ont pu faire d’autres structures, de toutes tailles : la Direction Générale des impôts (80000 postes, économies de 29 millions d’euros), la gendarmerie nationale (migration de 70000 postes, gain de deux millions d’euros tous les ans), la mairie de Munich (14000 postes, migration non seulement vers OpenOffice.org, mais également vers GNU/Linux), la mairie de Vienne (7500 postes sous OpenOffice.org, dont la moitié sous GNU/Linux), la mairie de Mannheim (3700 postes)...
Au delà de la question des coûts qui pourtant, selon Cliss XXI pourrait être abordée de manière gagnante, nous avons tenu à préciser les points suivants
Le Conseil Général du Pas-de-Calais représente un grand département français. C’est une structure publique qui "compte" dans l’administration publique territoriale française.
Si les aspects financiers sont importants (et nous avons vu qu’il était possible d’envisager une migration avantageuse sur ce plan), ce ne peut être le seul critère, ni le critère dominant, retenu par le CG62.
La migration vers OpenOffice.org, Firefox, Thunderbird, GNU/Linux et, d’une manière générale, vers des solutions libres, est un signal fort que le Conseil Général peut émettre, contre le développement de la privatisation des services publics, pour l’indépendance, pour la prise en compte des nouvelles technologies mises à la disposition de tous, pour le logiciel libre, synonyme de partage des connaissances, de réalisation collaborative au service du plus grand nombre.
D’un point de vue économique, le logiciel libre, c’est la création d’emplois localement, sur le département. Au lieu de rémunérer la société Microsoft, l’accompagnement à la migration, les formations, l’assistance, peuvent être confiées à des sociétés locales qui, dans le cadre d’un contrat auprès du Conseil Général, seraient à même d’embaucher de nouveaux personnels, sur le département, pour un travail de proximité.
On peut tout d’abord regretter deux choses :
Le dossier présenté par la revue Citizen-e ne reflète absolument pas la réalité des initiatives engagées par le CG62.
Le CG62 n’a toujours pas réagi à la publication de cet article. C’est dommage, parce qu’à ce jour c’est la seule version publique dont disposent, par exemple, les collectivités territoriales usagers de Cliss XXI.
Nous avons de nouveau contacté la Direction informatique du Conseil Général, courant mars 2006. Son Directeur, qui donc participait avec Cliss XXI à la séance de travail du 17 novembre 2005, nous exprime les points suivants :
L’article de Citizen-e n’engage que le journaliste.
Il y a un débat interne, au sein du Conseil Général, concernant cette question de la migration.
Le Conseil Général va officialiser prochainement sa position.
Notons enfin pour ce qui nous concerne, en guise de conclusion (provisoire), qu’il est plus que jamais nécessaire pour les collectivités territoriales, et, d’une manière générale pour toute structure utilisatrice de systèmes informatiques, de ne pas accorder trop d’importance à de tels articles de presse. Quant à la décision finale que prendra le CG62, nous n’abandonnons pas l’idée de poursuivre les échanges pour y faire progresser le logiciel libre, résolument. C’est la direction que choisissent d’emprunter des collectivités locales du département, de plus en plus nombreuses. Nous les y encourageons, et mettons tout en oeuvre pour en assurer le succès.