Dans le cadre des samedis de Cliss XXI (en fait, le premier samedi de chaque mois), voici donc le compte-rendu des échanges Penser Ensemble et de la Foire aux Install’ du samedi 4 novembre 2006. A voir également : les galeries photos de ces intiatives.
Le thème générique de nos échanges était donc, ce samedi 4 novembre : "Télécommunications entre bien public et marchandise".
Rappelons le contexte de "Penser Ensemble" : ce n’est pas une grand-messe durant laquelle les spectateurs écoutent religieusement un ou des orateurs. Ce n’est pas non plus une séance de questions-réponses. L’idée c’est que les participants puissent se faire leur propre opinion. Les invités extérieurs sont là pour apporter des témoignages, des expériences, pour enrichir un échange collectif. Donc, bien sûr, il peut y avoir des questions-réponses, des demandes d’éclaircissements, mais l’objectif reste bien les échanges entre participants.
On pourra également se reporter à la galerie photos Penser Ensemble.
Les échanges Penser Ensemble du 4 novembre se sont donc déroulés de la manière suivante :
Introduction des échanges. Autour de l’ouvrage collectif Télécommunications entre bien public et marchandise, aux éditions Charles Léopold Mayer, on va parler de :
Nous nous proposons d’aborder ces points sous l’angle suivant : concernant ces différents aspects, où en est aujourd’hui le mouvement social, c’est à dire les partis, syndicats, associations, personnes... qui pensent "qu’un autre monde est possible " ? A leur niveau, n’y aurait-il pas une sous-estimation de ces questions ? N’y a-t-il pas un manque d’appréhension des enjeux, stratégiques, politiques, que recouvrent les nouvelles technologies, du logiciel libre, par tous ces acteurs ?
Djilali Benamrane, coordonnateur de l’ouvrage collectif : il est économiste, a travaillé en Afrique, pour l’ONU. Il a notamment été amené à échanger avec la population du Niger, dont de nombreuses femmes, qu’il a fait s’exprimer sur leurs besoins. Contrairement aux idées reçues, elles n’évoquent pas en premier lieu l’école, la santé ou l’alimentation, mais le manque d’informations : "On ne capte pas la radio". Il propose la mise en place d’une micro station de radio communautaire, autogérée, fonctionnant à l’énergie solaire, animée par les jeunes du village aprés une formation succincte et la distribution gratuite de quelques récepteurs radios fonctionnant à l’énergie solaire et ou manuelle, dans les locaux d’éducation, de santé et associatifs. Le gouvernement a estimé à 100 millions de FCFA (150.000 € ) le coût d’une antenne, et refuse de s’y engager, prétextant que cela concerne une trop faible partie de la population, isolée sur un territoire reculé, et que l’argent pourrait être mieux employé ailleurs. Il lance donc un appel sur l’internet, pour recueillir des idées afin de néanmoins équiper ces populations. C’est ainsi qu’émerge l’dée d’une radio communautaire, faites par les habitants, pour les habitants.
L’ensemble des bailleurs de fonds (ambassades de France et des USA, Unesco, Francophonie, Banque Mondiale) se prononcent contre cette expérience, en faisant le parallèle avec le Rwanda, et la Radio des mille
collines de triste renommée au Rwanda pour le rôle qu’elle a joué dans le déclenchement du Génocide.
Les radios communautaires sont néanmoins mises en place, et, aujourd’hui, elles sont au nombre de 80.
De retour en France, Djilali Benamrane s’investit dans la préparation du sommet mondial de la société de l’information (SMSI) à Genève à 2003 et Tunis en 2005. C’est l’occasion de revenir sur quelques idées fortes :
Frédéric Couchet, délégué général de l’APRIL : le logiciel libre a d’ores et déjà montré, dans son domaine, qu’un autre monde est possible. Richard Stallman (qui est américain) définit le logiciel libre en s’appuyant sur trois principes : Liberté, Égalité, Fraternité. On peut définir un logiciel libre par ses quatre degrès de liberté :
Donc, à la base, le logiciel libre est avant tout un fait social, qui a eu un effet économique. Aujourd’hui, d’autres domaines (la création contemporaine, la musique, les arts...) essaient de s’inspirer des apports du logiciel libre.
Frédéric Couchet développe ensuite un aspect important du logiciel libre : tout le monde est de plus en plus concerné, dans de nombreux aspects de sa vie, par la place de l’informatique, de l’ordinateur. On peut par exemple citer le dossier médical. Dans ce cas, il devient extrèmement important de contrôler la technique qui contrôle notre vie. C’est une garantie pour les libertés individuelles, et seul le logiciel libre peut le garantir, à l’opposé du logiciel propriétaire, dont les codes sources sont non disponibles.
Ainsi, le vrai combat du logiciel libre, aujourd’hui, n’est plus technique (celui là est déjà gagné), mais politique et juridique. C’est un combat entre les tenants d’une économie de la rareté (des organismes tels la SACEM, par exemple), et tous ceux qui s’inscrivent dans une économie du partage et de la collaboration, de la liberté de créer et d’entreprendre. C’est tout le sens de l’activité de l’APRIL aujourd’hui.
Ainsi, il ne faut donc pas voir le logiciel libre comme un outil technique, seulement comme un outil technique, mais bien comme un support pour les biens publics mondiaux.
Après ces deux présentations, les échanges Penser Ensemble démarrent. Voici, en vrac, quelques extraits de ces très riches échanges :
Le modèle économique du logiciel libre : c’est un modèle économique de service, en réponse à un besoin. Dans le domaine de la production de logiciels, et en général dans l’immatériel, c’est la première fabrication (le développement du logiciel) qui coûte cher. Ensuite, ce ne sont que des copies, peu coûteuses. Avec cet éclairage, le concept de logiciel propriétaire (faire payer des copies) n’a pas lieu d’être. Par ailleurs, pour une entreprise, le logiciel propriétaire génère une dépendance à une entreprise extérieure (l’éditeur du logiciel ou la SSII représentant l’éditeur).
Le fossé numérique avec les pays africains : beaucoup de matériels abandonnés en France pourraient être utilisés en Afrique. Il faut cependant veiller à ce que les apports soient effectués par étapes, et correspondent à des demandes. Par exemple, les radios communautaires n’ont été installées que lorsque la population en a fait la demande. D’ailleurs, on a pu constater que lorsqu’une première demande était satisfaite, d’autres demandes étaient mises en avant : après la radio communautaire, la télé communautaire par satellite, la téléphonie, les bibliothèques, l’énergie (panneaux solaires), les micro-ordinateurs, internet...
Le fonds de solidarité numérique (FSN) : il a un aspect positif, c’est qu’il permet de reconnaître que, pour combler le fossé numérique, il faudra beaucoup d’argent. Par contre, il est piloté selon des critères très libéraux (et notamment sous l’impulsion du très libéral président sénégalais Wade), ce qui amène à esquiver les besoins de financement public, pour se tourner exclusivement vers le marché, au travers du mécénat, avec des résultats plus qu’improbables.
De plus en plus d’entreprises, d’administrations, adoptent le logiciel libre. Ce phénomène pourra sans doute s’accentuer avec l’arrivée de la prochaine version de Windows (Vista), qui va rendre obligatoire la migration des parcs informatiques. On peut ainsi s’attendre à ce que, migrer pour migrer, plusieurs entreprises et administrations décident de migrer vers le libre.
La question des DRM (Digital Right Management), incorrectement traduit par Gestion des Droits Numériques alors qu’il s’agit bien de gestion numérique des droits. Il s’agit de ces dispositifs logiciels, qui, par exemple, empêchent de copier plus de deux fois un DVD, empêchent de lire sur tel matériel un morceau qui a été téléchargé pour tel autre matériel. Il y a beaucoup-beaucoup de choses à dire sur les DRM. Cependant, le plus important est sans doute de revenir sur le but réel des DRM : contrairement à ce qui est officiellement mis en avant, il ne s’agit pas de préserver les droits des créateurs, mais bien de contrôler, grâce à des dispositifs numériques, l’utilisation privée des oeuvres.
Ils sont venus, et, pour certains, revenus avec leur tour, pour une installation de GNU/Linux. Ce fut encore une fois un moment très convivial, qui a pu être mené à bien grâce à la participation de nos amis de Linux 62. Merci donc à Guillaume, Pierre et Nicolas. Une nouveauté cette fois-ci : il n’y avait pas que des gars ! Françoise et Athéna avaient également apporté leur tour.
Un des enseignements de cette Foire aux Install’ : pour celles et ceux qui souhaitent une machine avec deux systèmes (Windows et GNU/Linux), il est indispensable de lancer une défragmentation de Windows avant la Foire aux Install’. C’est en effet une opération qui peut prendre plusieurs heures, et empécher l’installation, faute de temps. N’est-ce-pas... euh non, je ne citerai personne ;-)
A part ça, le plus simple est de se reporter à la galerie photos Foire aux Install’