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L’ESS après les présidentielles - premiers échanges

D 13 juin 2017


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Le 8 juin 2017, suite à son assemblée générale, Cliss XXI organisait un débat Penser ensemble, sur le thème L’ESS après les présidentielles : état des lieux, enjeux, perspectives. Nous en produisons ici un premier compte-rendu.

1] D’où parle Cliss XXI ?

  • Cliss XXI a été créée en 2004. La société qui nous entoure a évolué depuis. À la fois pour nous faire entrevoir que le pire n’est jamais advenu, mais aussi qu’une prise de conscience s’opère peu à peu quant à la nécessité d’inventer un autre modèle de société et de reprendre nos vies en mains. Pour sa part, dès le début Cliss XXI affirmait clairement ses finalités. Cf le préambule de nos statuts en 2004 : « Une triple ambition sous-tend la rédaction de ces statuts. L’ambition d’un autre modèle de développement. L’ambition d’inscrire l’activité économique dans le cadre d’un développement durable différent du modèle libéral. L’ambition de favoriser l’émergence d’une économie sociale et solidaire fondatrice de valeurs et de principes juridiques différents du modèle libéral. […] L’économie sociale et solidaire peut être un levier pour concevoir un projet de société opposé à la société de marché libéral. [...] Cela suppose de rendre indépendant des pouvoirs de l’argent la propriété du vivant, notre culture, nos systèmes d’information. […] En pratique, il s’agit de 1) promouvoir les valeurs et les pratiques de l’économie sociale et solidaire dans l’ensemble de l’économie, 2) inscrire l’économie sociale et solidaire dans les politiques locales, 3) contribuer au renouveau de la vie politique dans une collaboration renforcée avec les élus locaux. »
  • Aujourd’hui l’ESS est une galaxie très large, avec des options et des sensibilités très différentes. En effet, c’est le statut (et non les valeurs et pratiques) qui définit l’appartenance à l’ESS. Toute association émarge donc à l’ESS. Nous avons ainsi, sur notre territoire, 12 % des emplois qui concernent l’ESS, mais avec en tête l’AHNAC, la clinique privée de Bois-Bernard et le Racing-club de Lens. À côté de ces entreprises qui endossent le costume associatif, l’ESS c’est aussi de nombreuses petites associations qui s’efforcent de réparer les dégâts humains commis par notre modèle économique, qui pressurise celles et ceux qu’elle choisit d’utiliser en laissant de côté celles et ceux qui ne seraient pas « employables » c’est-à-dire « exploitables ». À ceci près que, alors qu’on parle de « ressources » tant humaines que matérielles, on prend garde de ne pas faire de même lorsqu’on parle d’exploitation.
  • Pour notre part, nous nous sommes situés dans un courant sans doute minoritaire, qui se projette dans la transformation sociale, le changement de société. Un courant qui s’efforce de résister. À l’opposé d’une société où l’argent et l’économie sont considérés comme une fin en soi, et non comme des outils au service des hommes. À l’opposé d’un discours idéologique faisant croire à un monde sans autre perspective que la société de marché généralisé où tout est marchandise : le vivant, le rapport entre les gens, la connaissance, l’information, ….
  • C’est dans cette perspective que nous nous sommes impliqués dans le projet de L’auberge espagnole sur la métropole lilloise. Avec trois autres organisations à l’origine. Nous nous inscrivons clairement dans une ESS de résistance qui, pour reprendre la présentation que nous en faisons dans notre brochure « cousine avec les pratiques politiques et syndicales autogestionnaires. […] promeut une coopération mettant en commun capacités, connaissances, passions, savoir-faire, énergies, recherches et autres, dans la perspective de se renforcer les uns les autres et non sur le dos des autres. […] Pour nous le sens prévaut. » Et nous nous efforçons de rassembler largement sur la base de ces valeurs pour imaginer le monde à venir. Aussi invitons-nous dès l’édito : « Le débat n’est pas clos : venez le poursuivre avec nous. »

2] De quoi Macron est-il le nom ?

On nous le présente comme un homme politique nouveau, porteur d’un projet différent et moderne que nous ne pourrions juger qu’après coup. Or, nous le connaissons bien ! Au travers de :

  • ce qu’il a fait dans le gouvernement de Hollande. Une loi qui porte son nom, adoptée après trois « 49-3 », et qui prévoit, entre autres :
    • des lignes nationales de cars, au mépris d’une logique environnementale, et au mépris de la défense d’un service public de transport ferroviaire.
    • le développement du travail le dimanche et la nuit
    • l’abrogation de la prime de partage des profits
    • la libéralisation des professions réglementées
      Cette loi, parfois perçue comme « fourre-tout » tant elle concernait les ministres du transport, du travail, du logement, de la justice, du commerce ou de l’écologie, illustrait cependant parfaitement la prise de pouvoir de Bercy sur l’ensemble de l’activité gouvernementale comme si les considérations économiques et financières l’emportaient sur toutes les autres.
  • ce qu’il a dit pendant la campagne. Si ce n’était pas aussi dramatique, on pourrait en faire un quiz : qui a dit ?... [1]
    • il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires
    • je n’aime pas ce terme de modèle social
    • les Britanniques ont la chance d’avoir eu Margaret Thatcher
    • je suis pour une société sans statuts
    • le chômage de masse en France, c’est parce que les travailleurs sont trop protégés
    • vu la situation économique, ne plus payer les heures supplémentaires c’est une nécessité (à Davos)
    • 35h pour un jeune, ce n’est pas assez
  • ce qu’il propose en tant que président. Tout d’abord ce sont des ministres de droite qu’il a très logiquement choisis pour mettre en œuvre son projet. Au menu :
    • l’exemption du patrimoine financier de l’ISF et … l’augmentation des impôts des petits épargnants qui ont une assurance-vie (les taux passeront de 23 % à 30 %)
    • l’abandon du principe que le taux d’imposition augmente avec le revenu du capital
    • la suppression du compte pénibilité
    • la suppression des cotisations salariales sur l’assurance maladie et sur l’assurance chômage et leur prise en charge par la CSG. Aujourd’hui, chaque personne, suivant ce qu’elle a travaillé, cotise pour elle et pour tout le monde. Son temps de travail et les cotisations sociales lui ouvrent des droits et permettent de payer les soins et les indemnités de celles et ceux qui en ont besoin. Si on supprime cela et qu’on le transforme sous forme d’impôt, le gouvernement s’ouvre la possibilité de revenir sur l’ensemble des droits ouverts aux travailleurs-euses.
    • la réforme du code du travail par ordonnances avec, entre autres, ce que le mouvement populaire avait empêché :
      • l’inversion de la hiérarchie des normes
      • la limitation des indemnités attribuées par les Prud’hommes
    • -120 000 postes de fonctionnaires
    • -10 milliards pour les dépenses de santé
    • -10 milliards pour les collectivités territoriales
    • -25 milliards dans les dépenses de fonctionnement de l’État
    • renforcement du CICE qui, avec 20 milliards, était censé créer un million d’emplois et qui s’est révélé être un superbe cadeau aux entreprises. Et on viendra ensuite titiller les organisations de l’ESS qui bénéficient de subventions au sens premier du terme, à savoir « de l’argent public investi pour le développement d’un bien collectif » !!!

En fait, le projet de Macron correspond à celui du Medef. Il incarne une conception du monde, de la société, de la vie, strictement économiste et financiarisée. Un monde où tous les aspects de la vie sont marchandisés, où l’individu est ramené à son employabilité, où le concept de collectif se fond avec l’entreprise. C’est ainsi qu’on promeut l’auto-entreprenariat, qui revient à externaliser les coûts et à innover en inventant l’auto-exploitation.

3] Quel rôle peut jouer l’ESS ?

Comment pense-t-on pouvoir intervenir, résister, pour transformer l’avenir qui nous est proposé ?

C’est le pouvoir économique qui impose sa loi aujourd’hui, réduisant les politiques à des « chargés de mission ». C’est donc sans doute aussi sur le terrain économique qu’il convient d’agir. Or, le terrain économique est le nôtre. C’est le sens du « E » de ESS.

Nous pouvons (re)prendre le pouvoir :

  • notre pouvoir d’impulser d’autres perspectives économiques et d’être force de propositions. Par exemple, des indicateurs économiques autres que ceux que les médias véhiculent. Par exemple, d’autres critères d’appartenance à l’ESS tels que : la propriété des moyens de production + le mode de prise de décisions.
  • notre pouvoir de dénoncer les décisions ou pratiques dans lesquelles on ne se reconnaît pas. Par exemple, le « contrat à impact social ». [2] Le credo déjà bien connu des partenariats public-privé – socialisation des pertes et privatisation des profits – s’enracine dans le secteur social.
  • notre pouvoir d’inlassablement désigner nos adversaires et ne pas craindre une conflictualité rendue incontournable du fait de la divergence d’intérêt de classe.

À noter : cet échange Penser ensemble se poursuit vendredi 16 juin 2017, à L’auberge espagnole, sur le thème L’éducation populaire après les présidentielles : a-t-elle failli ? État des lieux, enjeux, perspectives...


[1Pour d’autres citations d’Emmanuel Macron, on pourra utilement se reporter au florilège de saillies mystiques de frère Emmanuel, sur le blog de Jean Gadrey