Cliss XXI : une informatique libre, sociale et solidaire
Vous êtes ici : Accueil » Éducation populaire » Éducation populaire et informatique » Facebook : controverses

Facebook : controverses

D 29 mars 2010


Il semble difficile de se passer des services du plus vaste réseau social sur Internet. Autant dire qu’être absent(e) de Facebook peut être perçu comme un handicap.

Cet article tente d’aborder quelques aspects qui invitent à s’interroger, avant de s’enregistrer sur Facebook.

Sommaire
- Le point de vue capitalistique
- Fiche-toi toi même
- La fin de l’anonymat
- L’affinitaire et/ou/contre la politique ?
- Réseaux sociaux
- Crédits

Le point de vue capitalistique

Ce ne sont pas des arguments sur le fond, ce sont des pas de côté qui permettent néanmoins d’aborder ce qu’est Facebook du point de vue de ceux qui le possèdent.

Chacun le sait bien : l’ensemble de nos activités sont façonnées par un système économique, le capitalisme, à l’intérieur duquel le pouvoir appartient aux détenteurs du capital. Ces détenteurs, les capitalistes, sont, en dernier ressort, mus par un seul et même objectif : la rentabilisation de leur mise. En dernier ressort signifie ici que ces détenteurs de capitaux imposeront toujours ce qui leur semble être la meilleure solution pour décupler leur mise.

Alors, qui détient Facebook ?

  • Le fondateur, tout d’abord. Facebook, c’est encore une success story à l’américaine. Mark Zuckerberg, étudiant à Harvard, interrompt ses études pour faire de l’or avec une idée toute bête : un trombinoscope (amélioré, tout de même) en ligne.
  • Le premier investisseur. Au tout début de l’aventure, en 2004, Peter Thiel investit 500.000 dollars dans l’affaire de Zuckerberg dont il est toujours membre du Conseil d’Administration. Peter Thiel est un business angel, gérant de hedge fund. C’est le co-fondateur de Pay-Pal, qu’il a ensuite revendu à eBay pour 1,5 milliard de dollars. Il a été distingué parmi les 250 Young Global Leader (moins de 40 ans), par le Forum économique mondial de Davos. Au delà de ces aspects financiers, il n’est pas indifférent d’évoquer le théoricien. Peter Thiel a été étudiant en philosophie. Il est co-auteur du livre Le mythe de la diversité, dans lequel il s’attaque au multiculturalisme et à la discrimination positive pratiqués dans certaines universités telles Stanford, en y voyant une guerre contre la civilisation. C’est un libertarien, favorable aux paradis fiscaux. Il aime la mondialisation de la culture numérique parce qu’elle met les seigneurs de la banque à l’abri des attaques. « Des ouvriers en révolte, a-t-il déclaré, ne pourraient pas s’emparer d’une banque située au Vanuatu. » (Le Guardian - 14 janvier 2008).
  • Un récent (fin 2007) investisseur dans Facebook n’est autre que la société Microsoft, qui a acheté 1,7 % de Facebook pour la somme de 240 millions de dollars, valorisant la société à hauteur d’environ 15 milliards de dollars. Cette transaction a permis à Microsoft de devenir l’unique fournisseur de publicités de Facebook. L’alliance entre Facebook et Microsoft va permettre aux deux sociétés de mieux saisir les opportunités de publicité dans le monde entier et ceci est un grand plus, non seulement pour nos deux sociétés, mais aussi pour nos utilisateurs et nos donneurs d’ordres publicitaires, a commenté Microsoft.

Fiche-toi toi même

Extrait de Wikipédia

Récolte et vente d’informations personnelles à des entreprises privées

Depuis sa création, Facebook fait l’objet d’une controverse concernant le respect de la vie privée des utilisateurs. Le logiciel utilise en effet les informations personnelles des utilisateurs afin d’introduire des publicités adaptées à leur profil et vend les informations livrées par les utilisateurs à des entreprises privées, comme c’est indiqué dans sa charte concernant la vie privée. Cette charte indique par ailleurs que Facebook peut aller récolter des informations sur les membres à partir de sources extérieures comme les journaux, les blogs et d’autres sources sur Internet.

Les informations sur les utilisateurs sont également collectées par Facebook pour améliorer ses bases de données et permettre à ses clients de mieux cibler les publicités, en connaissant les comportements de consommation des utilisateurs de Facebook. Les sites tiers peuvent, grâce à Facebook Social Ads, utiliser les informations amassées par Facebook pour envoyer des publicités ciblées en fonction des différentes caractéristiques des profils. Ceux-ci pouvant par exemple contenir des données sur : la sexualité, le niveau d’études, les opinions politiques, la religion, les emplois occupés.

(..)

Les informations sur la vie privée publiées sur Facebook peuvent être lues et utilisées par des personnes à qui elles n’étaient pas initialement destinées.

Certaines entreprises utiliseraient Facebook pour collecter des informations sur leurs employés tandis que des recruteurs
s’en serviraient pour leur sélection de candidats : « Les recruteurs appuyaient parfois un refus d’embauche sur des détails
privés ainsi collectés »

Chaque internaute, bien malgré lui, laisse une multitude de traces sur internet. Avec Facebook, nous fournissons délibérément une somme d’informations personnelles (goûts, emplois du temps, carnets d’adresses, ...). C’est la grande nouveauté : l’autofichage sur Facebook. On y affiche dans le détail ses goûts, ses habitudes et des informations sur soi d’une utilité indéniable pour le marketing.

Pour valoriser son capital virtuel (les données personnelles), Facebook utilise la publicité sociale et hyperciblée. Le système de publicité sociale Beacon, basé sur le profil des membres et de leurs achats en ligne permet de faire de chaque internaute l’ambassadeur des produits et des marques qu’il consomme. Devant les protestations, ce système a été modifié fin 2007, et nécessite maintenant le consentement de l’internaute.

Depuis, un nouveau système de publicité sociale, plus acceptable, a été mis au point. Avec ses engagement ads, Facebook offre aux annonceurs les moyens d’atteindre le public ciblé pour des résultats de qualité. Une marque peut adresser à sa cible une publicité interactive sur mesure, et des objets virtuels. Ces vignettes publicitaires sont échangées, et se répandent de manière virale. Certains membres se présentent comme des fans d’une marque et n’hésitent pas à en vanter les mérites auprès de leurs amis Facebook.

La surveillance par Facebook est par ailleurs un nouveau moyen de contrôle. Des salariés de Virgin Atlantic ont été licenciés pour avoir critiqué leur société sur Facebook. 22% des employeurs reconnaissent vérifier les profils Facebook d’employés potentiels, ce qui sugère un nombre réel plus élevé. Au nom de l’image de l’entreprise, on généralise des pratiques intrusives qui portent atteinte à la vie privée des salarié(e)s. La surveillance des réseaux sociaux en ligne agit comme un nouveau levier managérial.

Bien sûr, tout celà est habillé d’un nouveau discours : il s’agit de convaincre que les réseaux sociaux offrent de nouvelles libertés. On parle de sous-veillance, d’équiveillance, de surveillance participative, ou encore de surveillance peer to peer. Ces mots passeraient presque inaperçus de ceux qui les formulent, comme de ceux qui les reçoivent. Et s’il s’agissait, ni plus ni moins, de de réhabiliter la surveillance pour en faire une pratique normale et même souhaitable ? La popularité de Facebook neutralise la critique et endort la vigilance des internautes.

La fin de l’anonymat

Pouvoir voir et savoir être vu seraient source de liberté et de souveraineté. Nous n’avons plus rien à cacher. Plus personne n’a intérêt à se soustraire au regard d’autrui. Être visible est la norme. De plus en plus, exister socialement, c’est exister en ligne, avec des préoccupations telles que être googlable.

L’enjeu est de faire de soi un stratège de la gestion de son identité numérique : contôler sa visibilité, donner une cohérence aux informations publiées, dissimuler ses points faibles...

Ainsi, le management de son image numérique requiert un savoir faire et devient l’affaire d’une élite branchée.

L’affinitaire et/ou/contre la politique ?

La politique, c’est vivre, composer avec des personnes que l’on n’a pas préalablement choisies. Ce qui se joue avec Facebook, c’est le fantasme d’une sociabilité du zapping, d’un autrui duquel on peut se déconnecter d’un simple clic, c’est à dire d’un lien social fondé non plus sur du politique, mais sur de l’affinitaire.

S’il est effectivement légitime de considérer qu’au sein du politique peut émerger de l’affinitaire et qu’au sein de l’affinitaire peut émerger du politique, il importe d’être particulièrement attentif :

  • lorque le politique prend entièrement le pas sur l’affinitaire, par exemple dans le cas de certains courants politiques sectaires.
  • lorsque l’affinitaire prétend recouvrir la totalité du lien social et du politique, ce que nous vante par exemple Facebook.

Réseaux sociaux

Pour autant, le réseautage social en ligne peut être une possibilité, par exemple au sein d’un territoire, d’une école, d’une entreprise...

Dans ce cas, on pourra préférer la mise en place d’un tel réseau social par l’intermédiaire d’une plate-forme spécifique, décorélée de Facebook. Une telle plate-forme, gérée par les internautes concernés eux même, pourrait s’appuyer sur un logiciel libre tel Elgg :

Crédits

Dans la même rubrique

4 septembre – Libre à vous n°2

20 mars – Libre à vous

23 juin 2014 – Dans la bibliothèque de Cliss XXI

11 septembre 2012 – Brevet unitaire : Non !

14 janvier 2011 – Contre la LOPPSI-2